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La Manufacture Royale de Sèvres

Historique

adapté de sources diverses

En 1738, le marquis d'Orry de Fulvi, frère du Contrôleur Général des Finances, entreprit des recherches au château de Vincennes pour fabriquer de la porcelaine; les frères Dubois y travaillèrent, mais sans succès; Gravant prit la direction des opérations et produisit en 1745 une pâte qui donnait à la cuisson une porcelaine tendre remarquable; une compagnie d'actionnaires fut formée en 1745 au nom de Charles Adam et reçut alors de Louis XV un privilège de 20 ans; la manufacture eut pour directeur technique en 1745 le chimiste Jean Hellot; l'orfèvre du roi, Duplessis, ainsi que l'émailleur Mathieu furent chargés de la plastique et de la décoration, Boileau étant nommé directeur; à la mort d'Orry de Fulvi en 1751, la société fut dissoute et une nouvelle compagnie fut formée au nom d'Eloi Brichard, le roi participant pour le quart du capital; le privilège fut confirmé, officialisant l'emploi du chiffre royal comme marque et le titre de "Manufacture royale de porcelaine". Elle fut transportée à Sèvres en 1756.

La porcelaine

Il existe deux sortes de porcelaines : l’une, la porcelaine dure, provient de la détérioration du granit au cours d’un processus qui s’étend sur plusieurs millions d’années, l’autre, la porcelaine tendre, créée pour imiter la première, est composée d’un verre aux propriétés particulières, appellé “Fritte”.

Le kaolin est une argile plastique qui a la propriété, lorsqu’il est additionné de quartz et de feldspath, un minéral lui aussi issu de la détérioration du granit, de former, à une cuisson effectuée entre 1280° et 1400°C, une matière blanche et translucide qui a toujours suscité au cours des siècles l’admiration de générations d’amateurs.

Cette porcelaine dure kaolinique est celle qui fut inventée en Chine entre le Xème et le XIIe siècles. Ces porcelaines furent vite connues en Europe où les faïenciers, pendant plusieurs siècles essayèrent de l’imiter en mêlant du verre en poudre à un peu d’argile. Les premiers qui y parvinrent furent les Iraniens au XIIIe siècle puis les Florentins au XVI ème siècle qui parvinrent à produire une centaine d’objets. Ce n’est qu’à Rouen à la fin du XVIIe siècle que l’on parvint à la produire de façon industrielle. Le principe reposait sur la fabrication d’un verre d’une composition particulière, peu soluble dans l’eau, à l’inverse des verres ordinaires, mais aussi susceptibles d’être cuit avec une grande facilité. C’est ce que l’on appelle “la porcelaine tendre” ou porcelaine à “Fritte”.

Cette pâte fut définitivement améliorée vers 1738 par un employé de la manufacture de Chantilly, dont le nom était Claude Humbert Gérin et qui fut le fondateur de la manufacture de Vincennes-Sèvres en 1740. C’est à cette remarquable amélioration que la Manufacture de Sèvres doit son existence. Cette dernière produisit de la porcelaine tendre de 1740 à 1803 et de la porcelaine dure conjointement avec la précédente à partir de 1769.

Naissance de la manufacture de Vincennes

En 1738, Philibert Orry, contrôleur général des Finances qui voulait combattre l'importation, et avec le financement de son demi-frère Jean Louis Henry Orry de Fulvy, donna suite à la proposition de Claude Humbert Gérin, inventeur de la fabrication d'une pâte d'un blanc parfait. C'est ainsi que les deux ouvriers de Chantilly, les frères Dubois accompagnés de Louis-François Gravant, ouvrier de grand talent et de quelques compagnons de la manufacture de Chantilly, créèrent une fabrique de porcelaine dans une des ailes du château de Vincennes. C'était la naissance de la plus prestigieuse et importante manufacture française qui fera pâlir le prestige de Meissen.

En 1744, les frères Dubois quittèrent la fabrique, mais Gravant resta et il connaissait tous les secrets des fabrications. En 1745, Charles Adam demanda au roi Louis XV un privilège pour "fabriquer de la porcelaine façon Saxe" donc façon Meissen qui lui fût accordé la même année par un arrêt du Conseil d'état, la Compagnie Charles Adam était créée et avec elle la première Société de Vincennes.

Dony Alexiev, dans son ouvrage « Motifs sur porcelaines », cite: « ... Gravant, toujours sur place, améliora la composition de la pâte. En outre, le personnel comprenait un préparateur en couleurs et plusieurs peintres spécialisés: deux pour les fleurs, un pour les oiseaux et les paysages. Le développement fut très rapide car en 1746 il y avait dix-huit peintres au travail et en 1749 la manufacture comptait cent vingt personnes... »

Mais la manufacture, qui à partir de 1750 faisait contrôler la qualité des pâtes par un chimiste, membre de l'Académie des sciences, ne pût faire face à ses engagements financiers et la Compagnie Charles Adam fut dissoute en 1752. Louis XV remboursa les actionnaires, racheta les actifs et investit pour 25% dans le capital d'une nouvelle société constituée en 1753 au nom d'Éloy Brichard en lui attribuant le titre de Manufacture royale de Vincennes.

Dès lors la marque de fabrique de Vincennes devient le monogramme de Louis XV: deux L entrelacés. En 1753 apparaît également la lettre qui date les pièces. Le marquage alphabétique commence avec le «A» en 1753. Après le «Z» de l'année 1777, les lettres sont doublées, jusqu'en 1793.

Le transfert à Sèvres

Madame de Pompadour, qui s'interressait beaucoup à la manufacture, influença Louis XV pour faire transférer la manufacture à Sèvres, plus proche de Versailles. Lorsque la Marquise obtint du roi le transfert de Vincennes à Sèvres de la Manufacture royale de porcelaine, elle arrêta son choix sur la ferme de la Guyarde, propriété située non loin de son château de Bellevue. Cette ferme fut entièrement démolie pour permettre, entre 1753 et 1756, la construction par l’architecte Lindet des bâtiments actuels. Face à la Grande Rue de Sèvres se trouvait l’entrée principale, précédée d’une cour, fermée par une haute grille de fer forgé.

Le bâtiment est situé au creux du vallon de Sèvres entre Paris et Versailles. Pour aller du Louvre à Versailles, il fallait traverser le bourg d’Auteuil jusqu’à la plaine de Boulogne, puis aller à la boucle de la Seine. Les voitures empruntaient le pont, passant ainsi l’île Dauphine. Du pont, on apercevait Brimborion et son portique de verdure qui se prolongeait vers Meudon. Au-delà des coteaux et terrasses se dressait le château de Bellevue, demeure de Mme de Pompadour. Donnant sur la ville de Sèvres, en contrebas du château, se trouvait la Verrerie puis la silhouette d’une demeure austère, la ferme de la Guyarde. Sise en bordure du chemin de Bellevue, le domaine de la Guyarde s’étendait jusqu’à la route de Versailles. Entre ces deux voies, les terres étaient constituées d’un petit vallon au fond duquel coulait un ruisselet, le rû Marivel.

La batisse est longue de 130 m de long et haute de 4 étages, d’une ordonnance toute classique. Le pavillon central est surmonté, à l’étage des combles, d’un fronton sans sculpture orné de l’horloge de l’ancienne Verrerie royale. Les extrémités de la façade sont terminées par deux pavillons d’angle. Le pavillon central est précédé d’une cour dite du public entourée d’une grille en fer forgé. En vis-à-vis est aménagée une vaste demi-lune pour y garer les carrosses des visiteurs.

Le rez de chaussée du bâtiment contenait les réserves de terres, le bûcher, les dépôts de matière première. Le premier étage comprenait les ateliers pour les mouleurs pour «la plâterie, la sculpture et la gravure». Un long couloir permettait la circulation entre les différents services et les fours, dominés au sud par une terrasse. Au deuxième étage, travaillaient les sculpteurs, tourneurs, réparateurs, et garnisseurs. Au-dessus, sous les combles très ensoleillés, travaillaient les peintres, doreurs, animaliers et figuristes.

De l’entrée principale partaient les deux escaliers qui se développent côte à côte, l’un jusqu’à la salle d’exposition et de vente située au 2ème étage, dite Grande Bibliothèque, l’autre jusqu’aux combles où se situaient les ateliers largement éclairés des artistes. L’escalier d’honneur était naturellement celui des clients. Agrémenté de fenêtres sur la façade, il n’offrait aucune vue ni aucune porte sur l’intérieur du bâtiment : onprotégeait ainsi le secret de la fabrication des pièces. La clientèle des riches visiteurs de la Manufacture l’empruntait pour accéder au magasin de vente.

La salle d’exposition et magasin de vente était un salon aux portes sculptées en plein bois, couronnées de guirlandes qui encadraient le médaillon du roi et les armes de France. Madame de Pompadour venait souvent y vendre elle-même les productions de la Manufacture qu’elle protégeait. Les oeuvres étaient exposées dans les vitrines, à l’exception des créations récentes, mises à part dans une réserve pour Louis XV. Le plus connu des artistes fut Étienne Falconet (1716-1791) à qui la Marquise de Pompadour confia en 1757 la direction des ateliers de sculpture. C’est sans nul doute à lui qui a composé tous les sujets dont de nombreux modèles de biscuits, à Bachelier, chargé de la décoration, et à Duplessis, chargé des dessus de formes, que la Manufacture est redevable de son développement et de sa renommée.


Plan de construction de la nouvelle manufacture, du côté de la cour royale. Il porte les signatures de l'architecte, Louis Lindet, de l'ingénieur, Jean-Baptiste Perronnet, et de tous les actionnaires, automne 1753.

Les appartements du roi occupaient l’angle du bâtiment à l’est de la cour d’honneur. Le roi pouvait de son salon gagner les ateliers par un escalier réservé à son seul usage ou se rendre directement à la chambre dans laquelle on mettait de côté pour lui les créations récentes. Dans le même corps de bâtiment se trouve ce que l’on appelait la «salle des gardes» : associés et artistes y attendaient le roi. Sur la gauche se trouvait, d’après le duc de Luynes, une chapelle dont l’autel peut se voir de toutes les pièces de l’appartement du roi.

En 1756 la manufacture emménage dans ses nouveaux locaux splendides. Bush, Stadelmayer et Pierre-Antoine Hannong, artistes de renom rejoignirent la manufacture afin de fabriquer de la véritable porcelaine. Vers 1758 les ateliers comptaient deux cent cinquante personnes. Les frais occasionnés par ce nombreux personnel de qualité, ajouté au coût du transfert à Sèvres, entraînèrent une fois de plus un gouffre financier qui ruina la société. Louis XV décida alors en 1759 d'intégrer la manufacture dans le domaine de la Couronne, et Sèvres devint Manufacture Royale. Le roi nomma Boileau à sa direction.

La manufacture, à l'abri des soucis financiers, connut un développement extraordinaire et pousuivit sa production prestigieuse sous le règne de Louis XVI, qui la protégea jusqu'à sa mort. Quelque temps avant d'être décapité, Louis XVI sauva la manufacture de Sèvres de la fermeture en l'incorporant à sa liste civile.

En 1853, quelques tassements s’étant produits dans les bâtiments principaux, une enquête fut prescrite par Fould, ministre de la Maison de l’empereur Napoléon III. Les architectes officiels préconisèrent alors le transfert de la fabrique dans d’autres locaux. Toutefois de puissants étais furent posés en 1868 et la Manufacture ne déménagea en bord de Seine qu’en 1876. Les bâtiments abandonnés, puis rénovés en toute hâte, allaient accueillir quelques années plus tard la première École normale supérieure de jeunes filles. Depuis 1945, les locaux abritent le Centre international d'études pédagogiques.

Sources