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Bonaparte devant le Sphinx. Jean-Léon Gérôme (1824-1904)

L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE (1798-1801)

Un Corps Scientifique Attaché à l'Armée d'Orient

Texte du Commissaire Général R. Stiot - Extrait du Carnet de la Sabretache n° 38

A - LA COMMISSION DES SCIENCES ET DES ARTS

Le Général Bonaparte avait décidé d'adjoindre à son Armée d'Angleterre (1) un important corps scientifique chargé des découvertes et des études sur les particularités que l'Egypte ne pouvait manquer de présenter aux Français.

Pour constituer ce corps, le gouvernement fit appel au volontariat parmi tous les grands établissements de l'Etat (2), l'Ecole Polytechnique notamment (3), et les savants et artistes en renom et le 26 ventôse an VI (16 mars 1798) un arrêté du Directoire Exécutif prescrivit au ministre de l'Intérieur de mettre à la disposition du général en chef Bonaparte les ingénieurs, savants et artistes qui constituèrent la Commission des Sciences et des Arts ainsi créée.

Louis Marie Maximilien de Caffarelli du Falga (1756-1799)

Le général Caffarelli du Falga, qui appartenait au génie, avait été désigné pour prendre le commandement de la Commission des Sciences et des Arts et chargé de provoquer, examiner et sélectionner les demandes. Au fur et à mesure de leur enrôlement les membres de la Commission étaient répartis en classes correspondant à leur spécialité et aux services que le général en chef attendait d'eux. La Commission des Sciences et des Arts ne comptait pas moins de 187 membres, tant civils que militaires ; mais 20 d'entre eux ne partirent pas et leur nombre fut de 167 (4) ainsi réparti :

Deux membres se séparèrent de l'expédition à Malte (5) et la Commission qui fonctionnera en Egypte comprendra 165 savants, artistes et techniciens.

Un ordre de Caffarelli, rendu à l'instigation de Bonaparte, avait divisé les membres de la Commission des Sciences et des Arts d'après leur situation en France en cinq classes comportant chacune un traitement différent et une assimilation déterminée à un grade de la hiérarchie militaire ; ceux qui étaient inscrits dans la première classe étaient assimilés à des officiers supérieurs.

Le général en chef avait espéré prévenir par cette mesure toute contestation entre civils et militaires au sujet de la préséance et de l'installation à bord des vaisseaux de l'expédition et éviter toute prévention et défiance à l'égard de ces " intrus en habit carré et chapeau haut ". Le contact entre les civils, jusqu'alors réunis en groupe homogène, et les militaires au milieu desquels ils allaient vivre fut néanmoins assez rude et l'élément civil fut quelque peu meurtri ; mais l'antipathie des militaires désarma peu à peu devant l'attitude de certains membres qui, incorporés à des missions militaires pour exercer leurs travaux de recherche et prospection, montrèrent un grand courage et firent le coup de feu comme les militaires.

Tous ces doctes personnages étaient en majorité des jeunes gens partant sous les ordres d'un général de vingt-neuf ans et, beaucoup étaient ses cadets (6). A certaines heures, une fraction importante des Français eut le mal du pays. La vie en Egypte était très dure, la mortalité fut élevée, mais il est vrai que de nombreux participants civils, spécialement parmi les plus jeunes, furent littéralement envoûtés par les monuments de l'ancienne Egypte. Les deux " antiquaires " ou archéologues ne firent rien ou pas grand-chose, mais les jeunes ingénieurs, autodidactes dans une discipline qu'ils ignoraient à leur arrivée, se substituèrent à eux sans négliger pour autant l'étude de l'Egypte moderne.

On parle toujours des " savants " de l'expédition, mais en fait ne vinrent en Egypte qu'un petit nombre de personnes ayant vraiment mérité ce titre : Berthollet, Dolomieu, Fourier, Geoffroy-Saint-Hilaire et Monge à titre civil et l'officier physicien Malus parmi les militaires. Le groupe professionnel qui joua pendant et surtout après l'expédition le rôle scientifique le plus important fut celui des ingénieurs à qui l'on doit plus de la moitié des textes et planches de l'ouvrage final. Leur enthousiasme aidant leurs compétences, ils réussirent brillamment et le fait que cinq ingénieurs (Chabrol, Cordier, Dubois-Aymé, Girard et Jomard) sur soixante, dont neuf moururent en Egypte et un devint aveugle, aient appartenu à l'Institut de France montre que leurs mérites furent reconnus.

La Commission des Sciences et des Arts fut une pépinière de spécialistes chargée de tous les travaux scientifiques et pratiques qu'imposa la campagne ou que présenta, dans les domaines de ses activités, de ses découvertes ou de ses impératifs, le pays occupé par l'armée française et que Bonaparte s'ingéniait à organiser. Les membres de la Commission se dépensèrent sans compter au service de l'armée pour faire face aux exigences de l'armement, de l'habillement et de l'équipement, des subsistances, et Conté, chef de brigade des aérostiers, mais " ingénieur-artiste ", se signala par les travaux de ses ateliers de mécanique.

Enfin des membres de la Commission accompagnèrent l'armée en Haute-Egypte, dans l'expédition de Syrie et lors des missions militaires qui pouvaient les conduire aux lieux susceptibles de leur permettre d'exercer leurs talents. Certains savants ou techniciens voyageaient isolément, mais la plupart travaillaient soit deux par deux soit en groupe protégés par une escorte militaire.

Cette phalange savante d'où sortirent les membres de l'Institut d'Egypte présente un certain nombre de catégories qui nous permettent de distinguer l'aspect scientifique de l'histoire de la campagne :

I. MILITAIRES

A. Généraux

" L'inventaire des états de services des officiers de l'Armée d'Egypte " de Georges Rigault et " le dictionnaire biographique des généraux et amiraux français (1792-1814) " de Georges Six nous permettent d'établir : qu'au total 60 militaires de l'armée de terre eurent le grade de général en Egypte ou en Syrie, étant entendu qu'ils ne le furent pas simultanément ; que 153 autres devinrent généraux après l'expédition ; qu'enfin les généraux en chef Bonaparte, Kléber et Menou furent très différents et qu'il est contraire à la réalité historique déjuger Menou en lui attribuant le qualificatif d'incapable. La réalité est plus complexe comme le montre Rigault. Menou a joué d'autre part un rôle scientifique et culturel assez important pendant son commandement.

B. Autres officiers et soldats de l'armée de terre

Les plus connus sont ceux qui ont laissé des journaux ou des mémoires qui ont été édités.

C. Marins de l'expédition

La terrible défaite d'Aboukir des 1er et 2 août 1798 a endeuillé la Marine et on évite de l'évoquer. Il est permis de rappeler qu'en dehors de l'amiral Brueys, trois commandants de vaisseau furent victimes du devoir : Thévenard, Dupetit-Thouars et Casablanca ; le fils de ce dernier, âgé de neuf ans, eut une attitude héroïque aux côtés de son père.

II. CORPS DE SANTE

Un second groupe de participants fut constitué par les officiers de santé : médecins, chirurgiens et pharmaciens, agents des hôpitaux, conservateurs de lazaret (7) et autres préposés de ces établissements.

La quasi-totalité de ces hommes étaient rattachés directement à l'armée. Il y eut aussi, à l'origine, plusieurs civils rattachés à la Commission des Sciences et des Arts. Le plus connu de ces derniers, le chirurgien Dubois (futur accoucheur de Marie-Louise) se fit du reste bien vite porter malade et regagna la France.

On peut dénombrer une vingtaine de médecins militaires, placés sous les ordres de Desgenettes, dont les plus attachants furent Frank et Pugnet.

Les chirurgiens de l'armée, de la marine ou de la Commission des Sciences et des Arts furent au nombre de deux cents environ ; à leur tête était le grand Larey.

Dans le corps de santé, les pertes furent très lourdes. On déplora la disparition de six médecins, environ cinquante chirurgiens et trente pharmaciens. Quelques-uns moururent de faits de guerre mais le plus grand nombre fut emporté par la peste.

III. ADMINISTRATEURS

Les administrations accompagnant l'armée étaient dirigées par des hommes dont quelques-uns méritent hautement d'être cités : Sucy, Poussielgue, Daure, Reynier (frère du général de ce nom), etc.

En Egypte, la plupart des membres de la Commission des Sciences et des Arts furent affectés à des administrations ; il en fut souvent de même aussi pour les anciens chevaliers de Malte qui avaient suivi l'expédition après la reddition de Malte.

IV. SCIENTIFIQUES

Parmi les membres de la Commission des Sciences et des Arts, une douzaine cultivaient particulièrement les sciences mathématiques, physiques et naturelles. Ce furent :

Sur ces douze personnes, une, Coquebert, mourut en Egypte de la peste ; six quittèrent le pays avant le gros de l'armée : Costaz, Monge, Quenot, Berthollet, Dolomieu et Gérard.

V. LETTRES ET ARTS

Les personnes dont la culture était à dominante littéraire et les artistes ayant pris part à l'expédition furent au nombre de vingt-sept, savoir :

Moururent en Egypte ou en Syrie : Lerouge, Gloutier, Panhusen, Venture, Joly.

Partirent avant le gros de l'armée : Denon, Parseval, Pourlier, Ripault, Jaubert, Rigo, Dumoulin, Norry.

VI. INGENIEURS (8)

Au départ, la Commission des Sciences et des Arts comprenait un assez grand nombre d'élèves de Polytechnique et aussi des jeunes gens qui préparaient le concours d'entrée à l'Ecole Dans la suite, la plupart de ces élèves devinrent soit ingénieurs, soit officiers. Quoiqu'il en soit, il est intéressant de considérer les qualifications de chacun pendant la plus grande partie de l'Expédition. Il y eut ainsi :

Ne sont pas compris les " ingénieurs militaires " ou officiers du Génie.

Le statut des soixante-deux personnes ci-dessus a varié au cours de l'expédition. L'origine des ingénieurs géographes était très différente : les uns étaient certainement des militaires, tandis que d'autres étaient des " civils ". De même Conté et Coutelle, officiers du Corps des Aérostiers, avaient aussi des fonctions civiles.

La Commission des Sciences et des Arts qui avait subi de nombreuses modifications dans sa composition ne subsista pas en tant que telle après le retour en France. Mais beaucoup de ses membres firent partie de la Commission d'Egypte chargée de la préparation de la " Description de l'Egypte ".

B - L'INSTITUT D'EGYPTE (9)

Bonaparte, qui appartenait à l'Institut National (10), songeait à créer une Académie coloniale et le 2 août 1798 il donnait l'ordre de choisir au Caire une maison pour y installer l'Imprimerie d'Egypte, un laboratoire de chimie, un cabinet de Physique et, si possible, un observatoire. Il chargeait le mathématicien Monge, le chimiste Berthollet et le général Caffarelli du Falga d'exécuter cette décision en ajoutant qu'il y aurait une salle pour l'Institut.

Dans une réunion du 20 août 1798 furent rédigés les vingt-six articles d'un décret de Bonaparte, promulgué le 5 fructidor an VI (22 août 1798), véritable acte constitutif de l'Institut :

" II y aura en Egypte un Institut pour les Sciences et les Arts lequel sera établi au Caire. Cet établissement aura principalement pour objet :

1°- le progrès et la propagation des lumières en Egypte,

2°- la recherche, l'étude et la publication des faits naturels, industriels et historiques de l'Egypte,

3°- de donner son avis sur les différentes questions pour lesquelles il sera consulté par le Gouvernement... "

En fait, cette remarquable assemblée de savants où s'établit la discussion fut chargée de présenter des mémoires, des rapports, sur des sujets intéressant ou n'intéressant pas l'Egypte ; elle fut considérée par le général en chef comme un conseil technique ayant pour mission de le renseigner.

L'Institut fut divisé en quatre sections : celle de mathématique, de physique, d'économie politique, de littérature et des arts, chacune composée de douze membres. Ceux-ci furent désignés parmi le brillant état-major intellectuel que constituait la Commission des Sciences et des Arts et que s'était adjoint Bonaparte dans la pensée " que si la fortune devait un jour nous enlever cette belle contrée, elle ne pourrait du moins nous enlever les conquêtes que la science y saurait faire ". Cette pensée de génie fut largement justifiée dans l'avenir.

Au cours de la même réunion où fut établi le règlement de l'Institut, le 20 août, les sept illustres recruteurs: Monge, Berthollet, le général Caffarelli du Falga, Geoffroy Saint-Hilaire, l'ingénieur Costaz, le médecin en chef Desgenettes et le général Andréossy à qui Bonaparte avait remis le soin de choisir leurs confrères dressèrent la liste des membres de la savante compagnie et fixèrent leur répartition entre les quatre sections prévues. La liste de 44 membres fut finalement établie :

La première réunion de l'Institut se tint le 6 fructidor (23 août 1798) dans le palais de Hassan-Kachef où se trouvaient groupés, en dehors du centre de la ville du Caire, tous les établissements scientifiques. Monge fut élu président et Fourier secrétaire perpétuel ; le général en chef n'accepta que la vice-présidence marquant ainsi que tous les membres de l'Institut étant égaux et qu'il siégeait seulement comme membre de l'illustre compagnie.

Bonaparte orienta immédiatement les travaux de l'assemblée vers la recherche appliquée en posant une série de questions d'intérêt immédiat qui amenèrent sur le champ la création des commissions destinées à répondre au bout de peu de temps.

Les séances eurent lieu dès lors régulièrement deux fois par décade à 7 heures du matin et il y eut un bulletin trimestriel. Sans tarder, l'Institut, centre intellectuel de l'Expédition, se met à étudier le pays suivant le programme tracé. Ses membres, animés par une grande émulation scientifique, fournirent un travail intense : construction de moulins à eau et à vent, culture de la vigne, puits dans le désert, approvisionnement en eau du Caire, clarification et rafraîchissement des eaux du Nil, fabrication du pain, de la bière, de la poudre, établissement de cartes de la région, étude des productions, observations utiles à la physique, à l'astronomie, à l'histoire naturelle; création d'hôpitaux, collection de manuscrits orientaux, travaux d'archéologie, etc.

Les archéologues et les artistes firent une moisson fertile sur cette terre couverte de monuments d'un passé grandiose. Jamais, dans semblables conditions militaires et politiques, un pareil et immédiat épanouissement intellectuel n'avait été vu auparavant et n'a été revu depuis.

Les travaux de l'Institut d'Egypte et de la Commission des Sciences et des Arts durèrent jusqu'au retour de l'armée française. Si Bonaparte ramena avec lui Monge, Berthollet et Andréossy, leurs collègues, par contre, ne rentrèrent en France qu'après la capitulation de Menou à Alexandrie le 31 août 1801. Geoffroy-Saint-Hilaire, qui figurait parmi ces derniers, parvint à conserver à notre pays la plus grande partie des collections que le successeur de Kléber avait abandonnées aux Anglais en conséquence de l'article 16 de ladite capitulation (11).

Pendant près de quatre ans des savants coururent les dangers de cette extraordinaire expédition, amassèrent des renseignements, des observations, des notes, des dessins. Quelques uns succombèrent victimes de la guerre, de leur dévouement et du climat. Les autres s'employèrent à utiliser les matériaux qu'ils avaient rassemblés.

La liste de l'ensemble des membres de l'Institut d'Egypte, classés par grandes catégories à l'arrivée en Egypte est la suivante :

En classant les membres de l'Institut d'Egypte selon les critères de disparition et de départ de l'Egypte et en indiquant (en italique) les personnages ayant également appartenu à un titre quelconque à l'Institut de France, on obtient la physionomie de la compagnie savante dans le temps :

En outre, à des titres divers, appartinrent encore à l'Institut de France les anciens participants à l'expédition : le général, plus tard maréchal Marmont, le chirurgien Pouqueville, ayant quitté très vite l'Egypte, les ingénieurs Chabrol, Cordier, Dubois-Aymé et Jomard, l'orientaliste Jaubert.

Au total 26 membres de l'expédition française en Egypte furent attachés à l'Institut de France dont 13 membres de l'Institut d'Egypte sur 23 restant en fin de séjour en Egypte.

Après l'expédition, l'Institut d'Egypte ne se réunit plus en tant que tel, mais ses membres formèrent principalement la Commission d'Egypte, sous la présidence de Berthollet, puis de Conté, Lancret et enfin Jomard, pour élaborer la " Description de l'Egypte ".

Le bureau de la rédaction fut installé dans l'ancien collège des Quatre Nations, devenu palais de l'Institut de France, et l'atelier de gravure au Louvre.

La publication de cette œuvre immense (12) fut réalisée en cinq parties : la première présentée à Napoléon en 1808 ; la seconde en 1813 ; la troisième partie présentée en 1817 à Louis XVIII qui avait compris quelle gloire cette œuvre jetait sur la France ; la quatrième en 1821 et la cinquième et dernière présentée à Charles X en 1828.

L'achèvement de cette grande œuvre, qui utilisait les matériaux amassés durant près de quatre ans par les savants et les techniciens de l'expédition, avait demandé 23 ans et sa publication constituait l'épilogue grandiose de l'expédition.

NOTES

  1. C'est la désignation première de cette armée pour ne pas dévoiler le but exact de l'expédition. Des destinations de fantaisie (Bordeaux, Fleesingue) furent données dans le même but sur les ordres de mission remis aux membres de la Commission des Sciences et des Arts.
  2. Académie des Sciences, chaires des grandes Ecoles spéciales, Ecoles Centrale, Normale, des Mines, des Ponts et Chaussées, le Conservatoire des Arts et Métiers, le Parc Aérostatique de Meudon, le Muséum d'Histoire Naturelle, l'Observatoire, l'Imprimerie Nationale, l'Ecole des Langues Orientales.
  3. La brigade des Polytechniciens formée par Fourier en vint à compter 45 membres, élèves, anciens élèves, instructeurs et professeurs.
  4. Ce nombre résulte d'un état dressé pendant la traversée de Toulon à Malte par le payeur-général de l'Armée : Estève.
  5. Arnault et Regnault de Saint-Jean d'Angély.
  6. Villiers du Terrage et Duchanoy, deux élèves de l'Ecole Centrale des Travaux Publics (Polytechnique) avaient 17 ans ; ces élèves dont Bouchard, passèrent l'examen de sortie de Polytechnique au début d'octobre 1798 devant un jury présidé par Monge et où siégeait des professeurs de leur école comme Fourier et de Centrale comme Costaz et Corancey ; ils sortaient dans les ponts et chaussées, le génie ou l'artillerie et ils reçurent un brevet de nomination signé de Bonaparte et Berthier.
  7. Ce nom désignait primitivement un hospice de lépreux placé sous l'invocation de Saint Lazare et que l'on a donné à l'établissement isolé dans une rade où font quarantaine les équipages et les passagers venant de pays infectés de maladies ou soupçonnés de contagion.
  8. Etudes et dossiers de M. l'Ingénieur J.E. Goby.
  9. Institut d'Egypte ou Premier Institut d'Egypte : La compagnie savante créée au Caire par Bonaparte le 22 août 1798 cessa ses travaux le 22 mars 1801. Son existence fut donc de trente et un mois. La désignation primitive de cette société : " Institut d'Egypte " est devenue ambiguë depuis bientôt soixante ans. En effet, le 1er novembre 1918, l'Institut égyptien, alors première société savante du Caire, reprit le titre d'Institut d'Egypte. Il y a donc eu lieu de distinguer le " Premier Institut d'Egypte " et l'Institut d'Egypte contemporain ; c'est ce que font les auteurs dont l'attention a été attirée sur cette particularité.
  10. Bonaparte avait été accueilli à l'Institut National à la classe des Sciences en 1797 au siège laissé par Carnot en exil.
  11. Menou avait admis dans le traité de capitulation que les collections faites pour la République française seraient livrées aux généraux des armées combinées. Quand ils apprirent que l'ennemi allait bénéficier du fruit de leurs trois ans de travaux, les savants adressèrent à Menou une lettre indignée. Celui-ci, jusqu'alors inconscient de la gravité du consentement qu'il avait donné, l'ayant reconnu, transmit la réclamation à Hutchinson. Mais le général anglais demeura inflexible, affermi dans son intransigeance par un jeune commissaire de son état-major, William Richard Hamilton, qui jugea tout simple de faire rafle pour les musées d'Angleterre des objets recueillis par les Français. C'est alors qu'eut lieu le scène fameuse, souvent racontée, entre Hamilton et Geoffroy-Saint-Hilaire. Au commissaire anglais, Geoffroy-Saint-Hilaire affirme que les collections seront détruites plutôt que de lui être livrées " Nous brûlerons nous-même nos richesses. C'est à la célébrité que vous visez eh bien! comptez sur les souvenirs de l'histoire. Vous aurez aussi brûlé une bibliothèque d'Alexandrie ". Cette protestation fit coup de théâtre. Hamilton, soudain effrayé de l'horrible renommée qu'on lui prédit est retourné et se fait avec succès auprès du général Hutchinson l'avocat de la cause dont il était jusqu'alors l'adversaire irréductible ; le 30 fructidor (17 septembre 1801) Hamilton vient annoncer au citoyen Fourier que le général s'est décidé à laisser passer en France les collections faites par les membres de la Commission des Sciences et des Arts. Néanmoins la " Pierre de Rosette " n'échappa pas aux impératifs de la capitulation et se trouve actuellement au British Muséum. C'est une stèle polie de basalte noir portant une inscription en trois langues et trois écritures, qui a surgit tout à coup des ruines du fort de Rachid, qui a les dimensions d'un dessus de table et pèse plusieurs centaines de kilogrammes. La première de ces trois inscriptions se compose de 14 lignes en hiéroglyphes, la seconde de 32 lignes en écriture démotique (ou simplifiée de l'ancienne Egypte) et la troisième de 54 lignes en grec. En grec on pouvait donc la lire et la comprendre et il s'agissait d'un hommage adressé en 196 av. J.C. par le clergé de Memphis au roi Ptolémée V en échange de ses bienfaits. Cette pierre a livré à Champollion en 1821 la clef des hiéroglyphes par la réussite du déchiffrement du nom de Cléopâtre. C'est d'Hautpoul qui trouva, dit-on, la stèle de Rosette en 1799. Mais d'Hautpoul n'était que le commandant des troupes du génie, le supérieur de l'homme qui fit la découverte. D'après d'autres sources, ce serait la capitaine Bouchard qui dirigeait les travaux de fortification des ruines du fort Rachid, ou plutôt de Fort Julien, à 7,5 km au nord-ouest de Rosette sur le Nil, et qui se chargea du transfert de la pierre au Caire. Elle fut copiée en plusieurs exemplaires transmis en France.
  12. La Description de l'Egypte comprend dix volumes et douze volumes de planches au nombre de 894. Cette œuvre était à l'origine destinée à remplacer les deux recueils : " Le Courrier d'Egypte " et " La Décade Egyptienne ", édités au Caire, destinés à la vulgarisation des faits pendant l'expédition.

BIBLIOGRAPHIE

Sources